Personne n’est à l’abri du surendettement, qui survient très souvent après un accident, une séparation, la perte d’un emploi ou encore la maladie. L’endettement est également favorisé par un système dans lequel les organismes prêteurs, loin de jouer leur rôle de garde-fou, poussent des personnes à la sur-consommation. Au risque de les précipiter dans l’abîme. Malgré plusieurs lois d’encadrement notamment la loi lagarde , l’État ne va pourtant pas assez loin pour mettre un terme à ces pratiques, investir réellement dans la prévention et l’accompagnement des victimes par exemple.

42000 euros de dettes, en moyenne, pour les surendettés

En 2016, 194 200 personnes ont ainsi déposé un dossier de surendettement à la Banque de France, qui constate aujourd’hui une « baisse tendancielle du nombre des dossiers depuis trois ans ». Elle explique ce recul par la diminution générale des taux d’intérêt, qui facilite le remboursement des crédits. Et par une législation qui a commencé à fermer le robinet de crédits attribués aveuglément. Depuis 2010, la loi Lagarde oblige les banques et organismes de crédit à communiquer de manière plus transparente sur leurs offres, à donner au client le choix entre crédit renouvelable et amortissable, et à vérifier les capacités de remboursement des clients . Le but est d’éviter les situations de gens étouffés par quatre ou cinq crédits à la consommation. Dans les dossiers de surendettement, la part de ces crédits est passée de 58,2 % en 2011, à 39,3 % en 2016.

Depuis 2003, la loi Borloo permet aux personnes surendettées qui ne pourront manifestement pas solder leurs emprunts de remettre les compteurs à zéro : leurs dettes sont effacées dans le cadre d’une « procédure de rétablissement personnel ». En 2016, cette bouffée d’air a concerné environ 30% des dossiers déposés à la Banque de France.

Mais, à y regarder de plus près, le ciel n’est pas si bleu. Ces chiffres ne concernent que les dossiers déposés à la commission de la Banque de France. Or, des personnes en situation de surendettement n’osent pas y recourir. Elle n’est pas non plus accessible aux auto-entrepreneurs. Par ailleurs, l’endettement global moyen des surendettés qui ont déposé un dossier est de 42 334 euros, soit près de 15 % de plus qu’en 2011. Leurs budgets sont moins plombés par les dettes de crédits à la consommation, mais les arriérés de paiements concernant le logement, l’énergie ou les transports ont augmenté. Finalement, les dettes n’ont fait que glisser vers les charges courantes. Avant de régler le problème du surendettement en France.

« C’est dans une grande solitude que j’ai demandé le soutien de la Banque de France »

Après avoir difficilement revendu son studio, il reste à Juliette encore l’équivalent de deux ans de salaire à rembourser. « C’est là que je suis tombée malade. Pour économiser, je mangeais mal. » En arrêt, ses revenus fondent et ses frais médicaux non remboursables se multiplient. Elle doit pourtant toujours payer ses traites. « Sortir du surendettement est très compliqué », témoigne-t-elle. , engagée dans la lutte contre le surendettement.

Les personnes tombées dans cet engrenage ne le font ni par choix ni par plaisir! Ce sont hélas les aléas de la vie qui font que les gens sombrent.

Pourtant, même s’il n’y a pas un profil de surendetté, la situation récurrente est celle d’un employé ou d’un ouvrier, gagnant un petit salaire, qui se sépare, tombe malade ou perd son emploi. Un accident de la vie dans un contexte économique fragile. Deux personnes surendettées sur trois vivent seules. La plupart ont entre 45 et 55 ans et sont locataires de leur logement. Malheureusement, la stigmatisation des personnes surendettées empêche beaucoup d’entre-eux de demander le soutien de la Banque de France.

« L’autorisation de découvert : ça a l’allure d’un service, mais c’est un piège »

« J’aimerais que les gens s’enlèvent de la tête qu’on est des moins que rien. On tombe tellement vite dans le mal-endettement… Mais tout le monde pense que c’est la honte ! J’en ai seulement parlé à mes parents, qui m’aident, et à quelques potes qui me déposent des sacs de courses. » « Famille et amis m’ont renvoyé que j’étais nulle d’avoir acheté cet appart, et de ne pas avoir réussi à me défendre. C’est dans une grande solitude que j’ai demandé le soutien de la Banque de France. Même avec les assistantes sociales, ça coinçait, car je n’arrivais pas à entrer dans le rôle d’enfant inconséquent et soumis qu’on me proposait. »

Il est trop facile de faire porter aux seules personnes surendettées une responsabilité qui incombe, à tout un système. Dont les banques sont l’élément central. En effet : Quand ils entrent dans une banque, les gens pensent qu’ils ont à faire à des conseillers financiers. Mais ce sont des agents dont le métier est de leur vendre des produits. Prenez l’autorisation de découvert : ça a l’allure d’un service, mais c’est un piège. Sept personnes surendettées sur dix ont commencé par utiliser l’autorisation de découvert de manière excessive. » Ces signaux qui permettraient de dépister le surendettement sont ignorés, voire exploités par certaines banques. Car l’endettement des clients leur rapporte.

Beaucoup sont matraqués par les frais bancaires

Par exemple une jeune maman de quatre enfants, endettée de 35 000 euros à cause d’une dépendance aux jeux. Son banquier a continué à cautionner cela, à lui facturer ses découverts, et l’a dirigée vers un organisme de crédit pour qu’elle se renfloue. On attend que les gens aient la tête sous l’eau pour dire stop ! »

Autre exemple : Léna a 41 ans et gagne 6000 euros par mois. Son conjoint, 3000 euros. Ils achètent des voitures et des biens immobiliers. Plusieurs banques leurs prêtent sans discuter. Mais son mari perd son emploi. Entre les intérêts à rembourser et les agios, il faut moins de deux ans à Léna pour accumuler 800 000 euros de dettes. Elle a porté plainte contre la banque pour négligence.

Tant que les banques autoriseront des crédits en calculant un pourcentage d’endettement selon les revenus, on continuera à endetter les gens, Il faut qu’elles prennent en compte leurs charges réelles, et ce qui leur reste pour vivre.

La BNP et le Crédit agricole détiennent à eux deux 95% des organismes de crédit.

Depuis 2014, la loi oblige les banques à proposer une offre spécifique à leurs clients fragiles, pour limiter les frais en cas d’accident de paiement. Mais ce n’est pas vraiment mis en place. Les banques ont beau jeu de dire que les clients n’en veulent pas. Mais dès qu’un banquier a la gestion d’un compte, il facture tout ce qu’il fait. C’est ainsi que les banques font du profit.

Ces frais sont une formidable source de bénéfices pour la banque.

Après avoir déposé son dossier de surendettement, Simon a changé de banque. « Mon ancien banquier m’a pris de haut. C’était mon premier problème bancaire en trente ans, et il ne m’a offert aucune aide. Une seule banque m’a proposé un mini-prêt à taux avantageux pour me renflouer, et une carte bleue particulière. Quand je n’ai plus que 200 euros sur mon compte, je dois me déplacer pour retirer au guichet. Cela m’alerte et je réfléchis : cette dépense est-elle absolument nécessaire ? »

On a vu des pubs pour les organismes de crédit à la télé. On les a contactés. C’était facile.

L’un des principaux problèmes, dans la chaîne du surendettement, reste que les banques se cachent derrière les organismes de crédit. « Une banque va refuser à un client de lui prêter à un taux de 4% pour ne pas le « mettre en difficulté » et va le diriger vers un organisme de crédit qui va lui prêter à 20% !cherchez l’erreur…

Sachant que la BNP et le Crédit agricole détiennent à eux deux 95% des organismes de crédit.
Car bien entendu, l’argent coûte plus cher aux pauvres… Statistiquement, depuis 2012 et la loi Lagarde, les crédits à la consommation, notamment renouvelables, sont attribués de manière plus prudente.

Mais tout n’est pas réglé les organismes de crédits se sont adaptés. Pour exemple toute grande chaîne de magasins propose sa carte de crédit renouvelable, il est ainsi aisé d’en cumuler un grand nombre.

Interdire les crédits renouvelables ?

Et pourquoi pas !

l’interdiction complète des crédits renouvelables, ce que les candidats Ségolène Royal et François Hollande avaient inscrit dans leurs programmes en 2007 puis en 2012. Mais qui prendrait réellement la décision politique de s’attaquer aux banques ? On sait que les crédits renouvelables font partie des produits qui leur rapportent le plus.

Il faut également souligner que les gens très souvent vis à vis de ces crédits ne savent plus où ils en sont.

La majorité des personnes que l’on accompagne ne savent pas quand ils les ont contractés, ni combien ils ont emprunté. Et encore moins à quel taux ! Il leur est impossible, dans ces conditions, de maîtriser leur budget !

Dès que vous optez pour un paiement en plusieurs fois sans frais dans un magasin, vous devenez automatiquement, et sans vraiment vous en rendre compte, client d’un organisme de crédit. Ce dernier ne tarde pas à vous démarcher pour vous vendre un nouveau crédit, au cas où votre machine à laver tombe en panne…

Pourtant, mieux vaudrait aller au lavomatic, se débrouiller avec son voisin, ou acheter d’occasion !

Une machine à laver achetée à 20% vous aide elle vraiment ?

les créanciers font partie du problème et de la solution. On peut négocier avec eux. Mais on ne peut pas attendre des banquiers, dont le métier est de vendre des produits, qu’ils financent une politique sociale d’où l’État serait complètement absent . Aider les gens avant qu’ils ne s’enfoncent trop et d’éviter ainsi le lourd coût financier et humain du surendettement.

Très peu de gens se défendent.

Mieux informées, mieux armées, certaines personnes surendettées pourraient aussi faire valoir leurs droits en justice. Soit vis-à-vis d’un créancier qui exige des remboursements alors que la dette est prescrite, soit vis-à-vis d’une banque ou d’un organisme de crédit, en montrant que le contrat de crédit n’est pas conforme à la loi.

Les personnes reçoivent des injonctions à payer, des menaces d’huissiers, souvent de la part de sociétés de recouvrement qui ont racheté des dettes vieilles de quatre ans à des créanciers. Or, s’il n’y a pas eu de condamnation du débiteur, la dette est prescrite. Mais sous la pression, les gens paient et se retrouvent même à payer des frais de procédure alors que tout cela est illégal

Il ne faut rien lâcher et se renseigner au plus tôt.

Catégories : Non classé

0 commentaire

Laisser un commentaire

Social media & sharing icons powered by UltimatelySocial
RSS
Facebook
Facebook