Un grand merci pour ce témoignage.

Ce témoignage de cette employée est transmis brut, le sexe et prénom de l’employé (e) sont volontairement inexactes… Ou pas.

Je suis entrée en banque presque par hasard. Et par la petite porte. J’avais déjà des idées très
humanistes à l’époque, aussi travailler en banque n’avait pas été mon choix premier. Mais faut bien nourrir les gosses.

C’est donc via une agence d’intérim que je me suis retrouvée parachutée chargée d’accueil dans une agence du crédit agricole, en remplacement de congés maternité. De formation comptable mais ayant un bagage essentiellement commercial, l’agence d’intérim devant pourvoir ce poste au pied levé trouvât ma candidature pas trop décalée. Et le chef d’agence non plus. Je fis ainsi mon entrée dans le
monde bancaire….

Ma formation très succincte se résumant à:

— Là c’est ton ordi, là c’est ta chaise, là c’est le bouton pour ouvrir aux clients, là c’est le tiroir pour les chéquiers et les cartes, ils sont classés par date de commande. (ne me demandez pas pourquoi c’est pas classé par ordre alphabétique, je n’ai toujours pas compris)
basta….

Il en faut de la ressource pour faire face immédiatement à la clientèle sans rien connaître des us et
coutumes du métier et des logiciels utilisés. Des collègues prenant pitié (ou étant agacés par mes interruptions incessantes) me firent cadeau d’une demie journée de tutorat. Voilà, partie formation
terminée.

Jetée direct au feu, premier rempart entre les conseillers ou le directeur et les clients mécontents.
Chargée de renseigner des personnes sur un des sujets les plus brûlants de leur vie : leurs finances.

Je me suis pourtant sentie à l’aise assez vite. C’était une petite agence rurale et les clients étaient pour la plupart fort sympathiques, sauf ceux qui se mangeaient 400 euros de frais par mois. Mais je ne pouvais que les comprendre.
Pourtant rapidement, j’ai été choquée des méthodes employées, du but réel du métier de banquier. Le nom de conseiller sonnait tellement faux. Marchand de tapis aurait été plus juste. Quelques collègues, de l’ancienne école, restaient humains dans leur gestion, mais d »autres, galvanisés par les incentives, concours locaux régionaux et nationaux, la semaine de l’assurance, la semaine de la prévoyance, la semaine de l’épargne. Ha nul n’était épargné…
Lois de la batonite, tableaux en vert-orange-rouge, « et le winner de la semaine est…. ». Valait mieux être dans le vert tout en haut pour être certains de toucher ses primes.
Pour les employés récalcitrants, les bonnes vieilles méthodes du placard, de l’humiliation publique lors des réunions hebdo locales ou mensuelles régionales, étaient très efficaces pour se débarrasser de ces mauvaise habitudes humaines.

A l’accueil, outre le téléphone, les clients, les demandes de rendez vous, les demandes d’explications
parfois tendues sur les comptes, les remises de chéquiers et de cartes, les virements, j’étais également chargée de détecter les « clients exploitables ».
En gros, quand je voyais qu’un client manquait d’un produit dans le panel banque-assurance-prevoyance-placement proposé par la banque, je devais lui caler un rendez vous « pour faire le point sur vos comptes… »
Que je n’aimais pas cela, que je le faisais mal….
J’observais cette danse financière morbide, renseignant au mieux les clients, leur apprenant à se
servir des outils gratuits mis à leur disposition pour éviter de leur facturer des frais inutiles, même si
rentables.Je me souviens notamment d’un couple de retraités, propriétaires terriens, semblant n’avoir qu’une
seule et éternelle tenue vestimentaire, qui venaient chercher contre vents et marées, 50 euros chaque mardi matin à l’ouverture de l’agence.

— On vient chercher notre semaine.
Les retraits guichet étaient facturés. Ainsi, en plus des frais bancaires courants, ces petits vieux payaient des frais de retrait.
Un jour, vérifiant leur comptes (bien garnis au demeurant), je m’aperçois qu’ils ont chacun une carte visa premier (la fameuse gold), dont ni l’un ni l’autre ne savait se servir.
J’ai donc pris le temps, au fil des semaines, de leur apprendre à se servir du DAB (distributeur
automatique de billet) pour leur éviter les fameux frais.
Et surtout, j’ai positionné un RDV avec leur conseiller pour supprimer une des deux cartes complètement inutiles dans leur situation, et de passer la deuxième en carte carte bleu visa standard, une premier ne leur étant vraiment pas nécessaire.

Ouuuuuhhhhhlààààààà, quelle grossière erreur ! Faire résilier des « produits » alors que les clients
ne râlaient même pas ! On ne m’y a pas repris…. du moins, pas immédiatement et pas tant que je
n’avais pas « la main » sur les comptes des clients. Après quelques mois, la titulaire du poste est revenue, reprenant ses habitudes de rendez vous « pour faire le point », se positionnant en haut du tableau des vente au guichet niveau régional, elle
était en forme pour son retour.

Deux ans plus tard, toujours intérimaire, poussée par ma famille qui avait vu une « pub » en agence,
j’ai postulé à la société générale. Entre ma formation comptable, mon expérience commerciale, quelques années de téléconseil (si, j’avoue, la dame au téléphone quand ton internet marche pas, c’était moi), ma candidature fut retenue.

Diantre, je ne m’y attendais pas.
J’ai donc commencé dans la « grande maison » comme nous avions coutume de dire « entre nous »,au service téléphonique, « conseillère clientèle multimédia » pour être exacte.
Moyenne de 80 appels par jours, 3 ventes minimum à caser sur ces appels, temps d’appels max de 3
min, et post appel (la pause entre chaque appel ) autorisée de 30 secondes. Vas y, je te laisse imaginer le truc. J’étais très bien notée sur la qualité des appels, moins sur les
ventes, malgré la pression. J’étais plus souvent en rouge/orange qu’en vert.
Tout était pris en compte : le temps moyen, le nombre de vente, le temps connecté mais sans appel.
Tout participait au calcul de la part variable, décidée par ton sup (superviseur). Si tu couchais avec
lui, t’avais une bonne part variable d’office, mais comme je couchais pas, j’avais interêt à aligner les
ventes et à expédier les clients, le plus vite possible, en résolvant leurs problèmes, et si possible en
leur casant une petite assurance….
Bien sur, plus tu vendais, moins tu avais la pression au niveau de tes temps d’appels.

Pour ma part, pression, menaces, refus des demandes de congés, humiliation, mise à l’écart de
l’équipe quand j’ai dénoncé ses agissements auprès de la hiérarchie :
— je suis quelqu’un d’extrêmement rancunier et ma vengeance n’a pas de limite
Il m’a fallu faire appel aux délégués du personnels pour obtenir un changement d’horaires, donc changement d’équipe, donc changement de sup.
Je dois dire qu’ensuite je suis entrée dans un période assez idyllique. J’avais une sup très humaine,
qui transmettais son savoir, qui encourageait, qui déculpabilisait (et oui, je me sentais coupable de
vendre des produits à des clients qui appellent pour avoir le solde de leur compte).

Pour autant, bien entourée, bien intégrée, j’ai commencé à faire mes 3 ventes par jours, puis plus,
puis à devenir moteur dans mon équipe. Faisant partie des « anciens », j’accompagnais les nouveaux
arrivants, les BTS en alternance, le développement des projets d’équipe. J’avais le droit de poser le téléphone de plus en plus pour des tâches annexes. Et crois moi, en centre d’appel, t’es content de poser ton casque même pour faire les vitres…
Le « bagne », oups, pardon, la période pré requise avant de rentrer en agence, est en moyenne de 3
ans. J’ai eu un traitement de faveur, car j’ai passé 6 ans au centre de relation client.
Par contre, j’en suis sortie avec une belle promotion professionnelle, passant du téléphone à adjointe
de direction.
Le cycle « normal » étant conseiller multimédia → conseiller grand public → conseiller spécialisé
→ adjoint…. chaque poste durant 3 ans en moyenne (pourquoi ton conseiller change si souvent ?
Mais c’est pour pas que vous en arriviez à devenir amis, surtout pas, interdit!!!)
j’ai sauté 2 postes d’un coup.
J’étais fière comme une crotte. J’ai appris ma mutation à 800 km le 15 décembre, et le 26 décembre
on m’a donné ma date de début de poste : le 5. Février ?? non , Janvier….
Dire que je me posais des questions sur comment organiser le départ, le changement d’école le déménagement, trouver un logement. Là tout était résolu, je n’avais temps de rien, et j’improviserai
sur place…
Je me suis donc retrouvé à l’hôtel un mois, les enfants restant dans ma région d’origine, sous la bonne garde de mes parents, attendant que je trouve un logement.
La « prise de poste » : Une semaine en binôme dans une agence voisine, le métier sur le terrain étant autre qu’à distance. Puis hop, présentation de mon nouveau directeur.
L’archétype du banquier, 30 ans de boite, moulé dans les murs. Un filou sans deux pareils. Il m’a appris toutes les ficelles du métiers : la vitre pour imiter la signature des clients, la souscription de produits sans leur accord puis leur faire signer à l’occas si ils passent, leur prétendre que c’est pourleur mieux, pour les enfants, pour leur avenir.
Semaine des livrets jeunes : requête informatique : tous les jeunes entre 12 et 24 ans, hop, on souscrit et t’appelles les parents pour prévenir. Idem pour des assurance vie qui ne rapportent rien.
La chargée d’accueil, elle, avait ordre de faire des copies des cartes grises des clients pour que je fasse des devis d’assurance en masse.
Je me suis retrouvée à monter des crédit immobilier sans avoir reçu aucune formation, sans aucun
accompagnement, mon chef d’agence ayant bien mieux à faire, c’était mes collègues d’autres agences, que je sollicitais par téléphone, qui, ayant pitié, me téléguidaient à distance pour apprendre à me servir des logiciels, à décrypter les texte de lois, à savoir quand proposer un prêt à taux zéro.
On était noté sur tout ! Le nombres d’appels qu’on « rejetait » au profit du centre de relation client (chaque appel traité par le centre était facturé à l’agence), le nombre de devis faits, d’assurances souscrites, de rendez vous pris selon les conseils de l’ordinateur, les prêts souscrits, les placements, les cartes de luxe, les visuels, les assurances et prévoyances, les rendez vous réels, leur temps, le
temps de traitement administratif après rendez vous, le nombre de mails traités, le traitement des
« débiteurs », le nombre de « e-learning » faits…. Si on était « faible » que un des produits, ou sur un des items, hop, on partait en formation pour être plus performants.
Les services administratifs semblaient travailler contre les agences et pas avec. Les pertes de dossiers et de documents étaient nombreuses, et j’avais parfois honte de rappeler les clients pour la 5e fois en leur disant : « il manque tel papier….. » alors que j’étais certaine de l’avoir joint au
dossier.

Mes journées commençaient à 6h, le temps de poser les enfants à la garderie, d’arriver à l’agence à 8h pour l’ouverture à 8h45, espérant pouvoir avancer sur l’administratif.
D’abord couper l’alarme, allumer les ordi. Premier boulot, les débiteurs.
Haaaaaa, les débiteurs. En formation, on te dit « un portefeuille bien géré est une portefeuille sans débiteurs »….bah tiens…
J’allume le logiciel : 32 opérations à analyser !
Client X, chèque de 25e, je vérifie le compte sur un logiciel : solde débiteur de 600, je vérifie dans une autre fenêtre informatique : pour 500 de découvert autorisé. On est le 26 du mois, je vérifie dans l’historique du compte : il touche sa paie le 30 en général. Aller, je paie le chèque, on va pas le ficher pour 25 e quand même. Je force l’opération. Un clic à 8 euros de commission d’intervention…
Client Y, prélèvement des impôts, 250 euros, ils n’y vont pas de main morte….logiciel 1 : solde
débiteur de 1000e, oupppssss, logiciel 2 autorisation de découvert 600e….re oupsssss, logiciel 3,
opération en attente : prélèvements 678e, et débit différé carte : 1300e….merde. Salaire : le 10-12 du
mois, il est intérimaire.
Fais chier. Si je rejette, outre les 20 e de frais, il va avoir des emmerdes avec le fisc. J’appelle le client :
messagerie. « Monsieur Y, bonjour, Claire de la société générale, pourriez vous me rappeler avant midi, c’est urgent » (pas de droit de laisser l’objet exact du message sur un répondeur, secret professionnel et on ne sait pas qui va écouter le message.) …Avant midi, si non après c’est rejeté
d’office….
Aller, plus que 30 opérations à traiter. Merde il est déjà 8h20, j’ai pas encore traité mes mails.
Ouverture de la boite mails clients, on est mardi matin. Les clients ont eu le temps de regarder leur compte en cette fin de mois. 25 mails à traiter….Je délègue ceux que je peux, les cas simples, à la chargée d’accueil, je m’occuperai du reste ce midi, ou pas….
Ouverture de la boite mail pro, 50 mails…..
5 rappels de e-learning que je n’ai pas eu temps de faire, je supprime direct.
3 mails du directeur régional avec les « chiffres », ceux de la semaine, ceux de l’opération en cours, l’évolution mensuelle, valse des tableau rouge-orange-vert. ça va, suis dans le haut du orange cette semaine, c’est cool.
5 mails du directeur de secteur, qui nous motive à coup de lettres ENORMES en rouge, soulignées :
aller, on n’a pas vendu assez de cette assurance, il faut encore faire 250 sur le secteur, ça fait 10 chacun, il vous reste une semaine pour atteindre l’objectif, aucun manquement ne sera admis.
3 mails des service administratifs, des dossiers non complets ne peuvent être traités, un autre présente un problème dans le type d’assurance souscrite, il faut tout refaire, re-convoquer le client,
et vite, sinon il faudra qu’il repousse la signature chez le notaire.
Ho putain le notaire !!!! Monsieur B signe aujourd’hui, j’ai oublié de demandé le décaissement des
fonds chez le notaire. Vite ouvrir le dossier, qui est le notaire ??
HA, c’est lui. J’appelle « quelle heure la signature » ? 10h !!!!!!
Fait chier, envoie ton IBAN sur mon mail, oui c’est bon je l’ai.
J’appelle le service administratif, j’ai besoin d’un virement instantané en urgence, de 230000e, oui là
maintenant tout de suite !
Il faut l’accord du directeur de département !
Ok j’appelle directeur, pas là, en formation.
Med med et remed.
—Claire, ton rendez vous de 9h est là.
— Offre lui un café
J’appelle directeur régional, j’explique.
— Envoyez moi un mail avec le détail du dossier pour mon aval mail part, avec les détails mail revient, avec aval du chef mail repart au service administratif
Appelle le service administratif :
— c’est bon vous faites le virement ?
— Non j’ai pas l’iban
— si je vous l’ai envoyé à 8h58
— Ha oui je l’ai, c’est bon, ça part.
Appel au notaire :
— c’est bon c’est parti !
— Il nous faut un fax de confirmation
— (put….) oui bien sur je vous envoie ça de suite, votre numéro de fax ?
Ecrire fax très vite, copié-collé des ref du dossier, imprimer, merde plus de papier, ça y est imprimé !
Aller au fax, faxer, sonne occuper, refaxer, ça y est appelle notaire :
— c’est bon ?
— Oui c’est bon, on maintient le rendez vous de signature….
9h15, je prends mon premier rendez vous, une demande de prêt conso pour acheter une petite bagnole d’occaz pour aller bosser. Il est intérimaire. Le prêt sera refusé je le sais. Je le monte vite faut quand même pour pas frustrer le client. Carré rouge, l’ordi dit non, vous voyez, c’est pas moi hein. Par contre j’ai peut être une solution.
Il a besoin d’un petit montant, je tente donc le crédit renouvelable. Son dossier passe. 3000E à 15,75
%. Le client est content, il va payer sa vieille bagnole une fortune.11h, rendez vous crédit immo. Je râle, je n’ai pas le temps en 1h, il faut 1h30 mini, la chargée d’accueil le sait, je lui fait les gros yeux, elle lève les yeux au ciel, ce n’est pas elle qui a pris le
RDV, c’est le directeur d’agence, il en a rien a battre lui.
Je prend le rendez vous, première étude, faisabilité ok, le client hésite entre le vieux ou le neuf, je sors une deuxième étude avec l’option prêt à taux zéro du neuf, il me sort l’étude d’un concurrent, j’envoie un mail à la direction pour une dérogation de taux, je ne peux lui répondre de suite.
12:30, client part pas trop content car il ne sais pas quel taux je peux faire.
L’agence ferme à 12h. Je n’ai rien pris à manger, je traverse me prendre en sandwich au snack d’enface, je me remets devant mon ordi pour terminer mes débiteurs.

Comme mes collègues, je triche dans mon agenda. Je me cale de faux rendez vous avec des clients
qui ne viendront pas, ou avec d’autres qui sont venus à l’improviste et pour qui j’ai traité quelque chose. J’arrive à me garder 2h pour le traitement administratif en retard, les mails clients et les mails pro. J’en règle environ 10%, en 2h….
15h30 : rendez vous avec le vieux qui connait les placements et les taux et la bourse bien mieux que moi qui suis formée au strict minimum, j’avais qu’à faire mes elearnings…
il me prend la tête pendant 45 minute, je fini par lui caser un rendez vous avec la chargée de clientèle patrimoniale, celle qui s’occupe uniquement des gros comptes sur le secteur, le client est flatté, je suis débarrassée, j’aurai du y penser avant !
15h45, je prends une pause, j’ai très envie de dormir. Un café à cette heure ci ? Hum est-ce bien raisonnable ? Je risque de mal dormir ce soir…
16h : e-réunion (oui tout se fait en e- maintenant), rendez vous dans le bureau du directeur, lui seul
à une webcam. Revue de portefeuille, les ventes faites, les dossiers à traiter :
— Dis t’as pas encore reçu monsieur G ? y’a de quoi faire en assurance vie à lui, appelle le….
— Ok je note (sans avoir l’intention de le faire le client refusant ce type de placements)
— Et la petite jeune là, tu lui a pas encore mis de carte en différé ? (et oui, le différé est un
produit en plus, et l’ordre est d’en caser le plus possible, dire de bien mettre le client dans la mouise. Quelques clients gèrent bien leur différé, mais dans la plupart des cas, le débit différé est un suicide social. On envoi le client au casse-pipe et on le sait pertinemment.
Dans certaines agences, il était carrément interdit de souscrire des cartes en débit immédiat,
il fallait l’aval du chef pour cela, du coup, toutes les cartes étaient souscrite en différé. BDFassuré au bout de quelques mois pour les clients)
Le contrôleur des risques prend la parole, on se fait tous engueuler, ce type est inhumain à souhait,
il est incapable d’avoir une relation bienveillante avec un autre être humain
— c’est quoi tous ces dépôts d’espèces sur ce compte ?
— Bah c’est le boulanger du village….
— et ce Monsieur D, pourquoi il a retiré 5000e en espèces ?
— Il a acheté une voiture le vendeur refusait les cheques, même les chèques de banque, trop defaux.
J’avais du interroger le client sur le pourquoi de son retrait. Il n’avait pas apprécié mon inquisition, ce que je comprends parfaitement, mais ce sont les ordres, pour lutter contre les
fraudes. Même 50 euros on doit dénoncer si l’opération nous paraît « louche », comme ce client au RSA qui faisait un peu de black, à lui je lui ai dit, ne déposez pas d’espèces sur
votre compte !!! En tant qu’employés de banque, nous sommes sensés dénoncer les opérations en espèces « douteuses » quand on soupçonne du travail au black par exemple. Je
n’ai jamais appliqué ces ordres, je ne suis pas une SS. Et quand on voit les milliards détournés par les élites, je ne pense pas que dénoncer le mec au RSA changera le monde.
— Et c’est quoi ce compte à découvert de 20000e ????
— C’est un couple qui devait acheter sa voiture, le prêt est accepté et en cours de décaissement, j’ai eu l’accord du directeur régional pour ce découvert…
et ainsi de suite sur une vingtaine de dossiers.
17h15, je prends mon rendez vous de 17h, j’ai la tête comme un melon et ma liste « to do » qui atteint désormais les 3 pages.
C’est un client « convoqué » sur ordre de l’ordinateur qui a détecté qu’on pouvait lui caser un LDD
en plus de son livret A. Je n’ai pas préparé le rendez vous. Je regarde ses comptes succinctement. Le mec est à la ramasse complet. 10e sur son livret, le minimum. Le compte courant au ras des pâquerettes, même s’il n’est pas souvent à découvert. Le mec a peu de revenus mais il gère bien.
J’en profite pour regarder ses comptes en détails. Il a une carte gold et un service payant d’alerte SMS qu’il recoit une fois par semaine sur son compte, alors que l’accès internet est gratuit.
— vous voyagez souvent ?
— Non
— vous louez souvent des véhicules ?
— Non
— Vous vous connectez souvent par internet sur vos compte ?
— Oui tous les jours….

avec son accord, je le passe sur une carte standard qui coûte deux fois moins cher, je lui supprime le
service de SMS payant et inutile dans son cas et je lui rembourse quelques frais par ce que j’aime bien rembourser les frais que je trouve injustes. Le client est content. Je lui fait un petit devis d’assurance au passage, sachant qu’on sera plus chers que son assurance actuelle aux tarifs bien plus attractifs, mais c’est pour que mon directeur me fiche la paix
17h20 :
— Claire , Mme P veut retirer 200, elle peut seulement 50 avec sa carte, tu peux lui monter son autorisation ?
— Je fais de suite
— merci
— bon on en était où ?
17h50, le client part. Je traite un peu d’admin. Le plus urgent. 18h l’agence ferme, je reste un peu, mais pars plus de 18h15 car à 18h30 la garderie ferme et ils râlent quand je suis en retard.
Je récupère la petite, le grand est rentré en bus. 18H45 douche pendant que l’eau des pâtes chauffe.
19H30 repas, 20h30 dodo , câlin, soif, histoire, encore câlin, pipi, y’a un monstre, j’ai mal au ventre,
caca, câlin, je peux dormir avec toi ?
21h30 elle dort. Le grand se gère. Je me pose enfin. Un film ? Non ça va finir trop tard. Un bouquin !
Mince, j’arrive pas à suivre, je suis trop fatiguée. Ma guitare, en sourdine, jouer un petit air.
22h30 dodo. Non, j’arrive pas, je pense à ce dossier et au mail de la direction, ils vont m’envoyer en formation à Paris le mois prochain. J’aime pas Paris. Ca m’angoisse.
23:30 : je prends un somnifère et un anxiolytique, faut bien que je dorme un peu, c’est juste le début
de la semaine, faut tenir jusqu’à samedi midi.
Voilà, à ce train là, dans une agence en sous effectif chronique, politique officieuse de la boite étant
de se débarrasser du plus d’employés possible avant le grand écrémage prévu pour 2020 (vive les ordinateurs) ceux qui craquent, se suicident, démissionnent, trouvent ailleurs, ou deviennent juste
inaptes au poste, ce qui fut mon cas, c’est autant d’employés qu’il ne faudra pas recaser.
J’aimais mon métier malgré tout. J’aimais ce rôle d’accompagnateur qu’on avait au quotidien. Un
projet immo, la naissance d’un enfant, le premier boulot. On est aux cotés du client à tous les stades
de sa vie, on l’accompagne et le conseille, enfin, si on nous laisse faire.
Pour les clients en difficulté, dans 90% des cas, après avoir fixé un rendez vous avec eux, on
trouvait une solution. J’orientais les cas les plus insolubles vers la banque de France, ceux qui étaient « sauvables » mais refusés chez nous, je les orientais chez un concurrent que je savais plus souple. J’en envoyais certains chez un psychologue, en cas de dépenses compulsives. J’arrivais à
restructurer la plupart d’entre eux.
Tous les clients que j’avais en difficultés, quand je devais rejeter les opérations, je le faisais, mais
sans frais. Et oui, nous avons la possibilité, en cas de période difficile, de passer les comptes « en
gratuité ». C’est à dire que les opérations sont forcées ou rejetés, mais sans frais. Rejeter un
prélèvement de 20e pour prendre 20e de frais n’a pas de sens ! C’est inacceptable, c’est du racket,
c’est injuste ! La vie de client est en jeu, des gens se suicident à cause de leurs comptes !
Je me suis vite fais une réputation de mère Thérésa, et j’étais mal notée dans mon dossier car « trop
empathique ». et pourtant, mon travail et mon investissement personnel étaient irréprochables.
Je rêve d’une banque réellement éthique, au sens humain du terme. L’argent est un beau sytème à la
base, il permet des échange en se basant sur une valeur commune et utile à tous. A mon sens, c’est
quand l’argent lui même a commencé à produire des richesses, de manière factice, via les intérêts,
que le système est devenu injuste.
De nos jours, c’est juste une mascarade, une séries de zéro et de un sur des lignes informatiques par
milliards, qui ne représentent plus rien, si ce n’est la liberté des plus nantis qui ont confisqué ce
système à la majorité d’entre nous, faisant alors de nous tous leurs esclaves modernes.

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